Je voudrais bien ne pas être pessimiste … A Pharmagora, au débat Porphyre intitulé «Préparation, chronique d’une mort annoncée », j’ai essayé de trouver des raisons d’espérer. Les intervenants qui s’exprimaient, titulaires de pharmacies sous-traitantes ou spécialisées, forcément, croient en l’avenir de la préparation. Et même en sa diversification vers des domaines jusque là inédits à l’officine : préparation de chimiothérapies anticancéreuses, de nutrition entérale ou conditionnement des médicaments à l’unité. Mais à voir le public clairsemé venu nous écouter, je me demande combien de pharmacies en France sont encore intéressées par la préparation !
Sur le salon, les titulaires qui ont gentiment répondu à mon micro-trottoir l’avouaient sans façon. Les préparations, il n’en font quasiment plus alors le texte sur les Bonnes Pratiques des Préparations paru fin décembre 2007 leur passe au-dessus de la tête. S’il leur arrive d’avoir une prescription d’un dermatologue, ils font appel à une pharmacie sous-traitante.
Dans la pharmacie de Bernadette, préparatrice, on ne fait pas plus d’une préparation par semaine. « Je la laisse faire à l’apprentie, il faut bien qu’elle apprenne, dit-elle avec une pointe de regret. En plus, l’art de la préparation se perd. Quand on a juste le contenu de deux tubes à mélanger, peut-on encore parler de préparation ? » Et, là, j’ai vu dans les yeux de mon interlocutrice, la nostalgie. Elle m’a confié sa chance d’avoir travaillé, les premières années, aux côtés d’un préparateur émérite, qui savait ce que « tour de main » veut dire.
A un moment où le médicament conseil passe devant le comptoir, les pharmaciens ne devraient-ils pas défendre becs et ongles leurs spécificités ? Ou les réinvestir ?
Comparativement aux spécialités des laboratoires, la préparation est un produit sur-mesure. Dans certains domaines, les médecins ne s’y trompent pas en dermatologie et en pédiatrie. «Mais elle peut rendre des services énormes dans pratiquement toutes les indications… » insiste Philippe Minighetti, titulaire de la pharmacie provençale à Arles. Et de citer la liqueur d’Hoffman contre l’herpès labial, le shampooing anti-poux, une pommade contre les rougeurs des bébés et même une solution en cas de hernie discale. « Mais surtout, continue-t-il, ce qui est important, c’est notre rôle de conseil. Si une personne se présente disant qu’elle a des problèmes de sommeil, je vais l’interroger de façon à savoir si ce symptôme ne cache une pathologie puis pour lui proposer la préparation la plus adéquate selon son état de stress ou de fatigue. »
Alors que va devenir la préparation : l’affaire de quelques irréductibles et d’une trentaine de sous-traitants ? On pourrait imaginer que les pharmacies sous-traitantes se frottent les mains… Et bien non. « Si la préparation disparaît des officines, cela n’est bon pour nous les sous-traitants, souligne Fabien Bruno de la pharmacie Delpech à Paris. Il y aura forcément des officinaux qui répondront à leur client, je n’en fais plus et c’est trop compliqué de la faire faire, de fil en aiguille, les médecins arrêteront d’en prescrire. »
A jeudi.
Ecrire un commentaire - déjà 1 commentaire
