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Je vous ai préparé un billet qui, par les soins d’Anne, ma collègue, devrait vous arriver tout frais, tout chaud, pendant que je paresserai… Forcément, il s’agit d’une citation.
Dans une campagne publicitaire, Michel-Edouard Leclerc avait affirmé début avril qu’il pourrait vendre 25% moins cher les médicaments à prescription facultative.
Saisi en référé par le groupement Univers Pharmacie, le tribunal de Grande Instance de Colmar (le siège du groupement se situe à Colmar), ce lundi 21 avril, Leclerc a été condamné à retirer ses publicités dans les médias, sous peine d’astreinte de 20000 euros par jour de retard.
Mais Leclerc a fait appel. La cour d’appel de Colmar rendra son arrêt le 7 mai.
L’offensive contre le monopole continue.
A lundi
Bouclage, ça y est, la rédaction de Porphyre vient de boucler le numéro 442. En une, vous trouverez le compte-rendu de Pharmagora, le salon de référence de la pharmacie. Me revient alors un message envoyé sur notre forum… je ne peux m’empêcher de vous en livrer un extrait. C’est un cri du cœur.
« Depuis quelques années je trouve que les laboratoires présents sur le week-end ne font pas l’effort de nous accueillir… J’ai l’impression que si, sur notre badge, il n’est pas inscrit "titulaire", personne ne veut nous donner des informations sur les produits… Il ne faut pas généraliser mais voilà je trouve bien décevant de voir certains commerciaux ne jouant pas le jeu. Il faudrait peut-être leur rappeler que si c’est le titulaire qui leur achète les produits, c’est bien nous qui les vendons; donc si nous n’avons pas assez d’informations, je ne vois pas très bien comment on peut être crédible devant une cliente en lui disant "je ne sais pas comment ça marche". »
J’espère profondément que vous n’avez pas eu les mêmes déboires… Il est vrai que les laboratoires préfèrent souvent avoir pour interlocuteurs des pharmaciens titulaires. Ils veulent avoir affaire aux décideurs…
Il faut vous rendre à l’évidence, le métier de préparateur en pharmacie est mal connu. On en oublie que vous êtes une véritable force de vente, 60 000 en France, plus nombreux que les titulaires (27 000) et les adjoints réunis (23 000).
Ne vous énervez pas, mais soyez tenace, expliquez aux représentants que vous êtes au comptoir, que vous vendez autant que le pharmacien titulaire sinon plus (lui est très occupé l’administratif, l’organisation, le management). Et surtout, au quotidien, démontrez que vous êtes un acteur clé dans l’officine. Quand le client vous demande en personne sur tel domaine (produits bébé, dermocosmétique ou autre), c’est la preuve la plus éclatante de votre expertise.
A jeudi
Le quotidien gratuit « 20 minutes » a publié, ce jour, les résultats d’un sondage exclusif auprès de 1004 personnes. 55% des personnes interrogées préfèrent acheter leurs médicaments en pharmacie qu’en grande surface. 65% acceptent l’idée de l’achat d’un médicament sans conseil médical pour des maux bénins (rhumes, maux de tête) mais 74% la jugent dangereuse dans les autres cas.
Dans ce même journal, Philippe Besset, de la fédération des syndicats pharmaceutiques de France est interviewé : Pour lui, les hypermarchés ne feront pas mieux en terme de prix que les officine. « En France, dit-il, le Nurofen coûte en moyenne 2,96 euros contre 7,5 euros en Italie, où il est vendu en grande surface. »
Après la campagne de publicité de Michel-Edouard Leclerc qui se targue de pouvoir vendre les médicaments vendus sans ordonnance 25% moins cher, les officinaux sont montés au créneau. Les syndicats, l’ordre ou encore les groupements diffusent des affichettes, communiquent dans les médias et lancent même des vidéos sur internet.
Sur les sites dailymotion ou youtube, on peut déjà visualiser une vingtaine de clips avec des croix vertes qui ont viré au rouge, Baffie en pharmacien ou même le rythme endiablé du zaïrois Koffi Olomide. Le site pratispharma.com a aussi lancé une série de vidéos. On y trouve des slogans du type « le PQ en grande surface, le traitement de la diarrhée aiguë à l’officine… ».
Philippe Gaertner annonce une souscription nationale auprès de tous les pharmaciens de France (par tranche de 75 euros) pour lancer une action surprenante fin mai. « On prépare une campagne comme on en a jamais vu en pharmacie », du style « j’enlève le haut, demain j’enlève le bas », dit-il sur une vidéo de pratispharma.com.
Dans l’Hérault, certains officinaux ont décidé de vendre de la farine et des petits pois…
Enfin, le groupement de pharmacies « Univers pharmacie a déposé un référé pour réclamer le retrait de la publicité Leclerc. Le jugement sera rendu lundi par le tribunal de grande instance de Colmar.
Les pharmaciens ont envie de frapper les esprits. De préparateurs en pharmacie, on entend guère parler. Dommage.
A lundi.
Préparateur en pharmacie, quel sens donner aujourd’hui à ce métier ?
Au début du siècle dernier, ce métier a été créé pour assister le pharmacien dans la fabrication de ses potions. A cette époque, le médicament était un produit sur-mesure adapté à chaque malade. Le préparateur était un artisan qui passait ses journées à manier le pilon et le mortier. L’officine était une boutique qui exhalait les odeurs de plantes…
Avec l’avènement du médicament industrialisé dans les années soixante, les laboratoires se sont développés, multipliés et ont phagocyté l’activité des officines. Peu à peu les pharmaciens et leurs employés sont devenus des vendeurs. Un peu chagrinés quand même. Mais comme cette activité commerciale fut – jusque dans les années 2000 – extrêmement lucrative, les titulaires n’en ont pas fait un problème.
Rares sont les officines à faire plus de cinq préparations par semaine aujourd’hui.
Alors on aurait pu se poser la question de la légitimité de ce métier. On aurait pu dire : plus de préparations, plus de préparateurs. Mais la question a été éludée par tous. Par les préparateurs eux-mêmes qui, après trois ans de formation (voir 5 ans du temps du CAP), n’avaient pas envie de se voir jeter comme des vieilles chaussettes. Par les pharmaciens titulaires qui ne voulaient pas perdre une main d’œuvre bon marché… Et puis cette évolution s’est faite à bas bruit, le nombre de préparations déclinant très progressivement.
Le métier de préparateur s’est confondu avec celui du pharmacien. Et ce mélange des genres crée des frustrations. Le pharmacien adjoint brandit son diplôme de pharmacie en se disant le spécialiste du médicament, le préparateur en pharmacie ronge son frein en se disant que lui, aussi, délivre toute la journée des ordonnances…
Il est urgent de redéfinir les rôles de chacun. C’est l’une des préconisations de la vaste enquête (Contrat d’études prospectives) de 2006. Mais elle est restée lettre morte.
A force de jouer l’autruche, ce sont tous les officinaux qui vont y laisser des plumes. La pharmacie n’a pas su défendre la préparation. Saura-t-elle aujourd’hui défendre sa spécificité : le conseil ? Pas sûr. C’est pourtant une urgence, pour ne pas voir le monopole du médicament lui échapper. 200 médicaments vont être en accès libre devant le comptoir. La grande distribution a vu la brèche : à coup de campagne publicitaire, Leclerc est passé à l’offensive et s’attaque au monopole du médicament. Sans vergogne.
A jeudi
« Cher (e) Manicot Claire. Je suis heureux de vous adresser cette lettre. Je révise pour la composition de deuxième trimestre. Je compte avoir une bonne moyenne pour vous rendre content (e) ainsi que mes parents… Je parle Sérère, langue maternelle majoritaire dans Diofor, ma commune. Dans ma prochaine lettre, je vous parlerai de mon pays, le Sénégal. Je vous quitte de la plume et non du cœur. A bientôt.»
A la fin de la lettre, il y a un tam-tam, bleu, vert et orange. C’est la première fois que je reçois un courrier de Mama Ngor, mon filleul que j’ai rencontré il y a un an, à l’occasion d’un voyage organisé par l’association PPAS (Préparateur en pharmacie action solidarité) (1).
Il n’était pas bien bavard le petit bonhomme de 9 ans… Moi j’avais bien essayé de lui parler, maladroitement sans doute, il est resté auprès de moi tout au long de cette journée en pleine brousse, à plus d’une centaine de kilomètres de Dakar, la capitale du Sénégal. Tout en retenue mais je voyais bien qu’il observait tous mes faits et gestes. Ses yeux noirs se sont enfin égayés quand je lui ai montré les quelques photos de mes enfants que j’avais dans mon sac. Un peu plus tard, il m’a accompagné auprès de sa famille qui vit chichement dans une case de briques sèches.
Un fossé entre sa vie et la mienne. Il faut aller puiser l’eau, la rapporter dans des calebasses, moi je tourne un robinet… Il se couche sur une paillasse rudimentaire, sans doute au milieu de ses cinq frères et sœurs, ici, chacun a son lit avec matelas et oreiller, sa lampe de chevet et un livre à feuilleter avant de dormir.
Je n’ai rien fait d’héroïque pour qu’il devienne mon filleul, simplement verser 50 euros à l’association PPAS pour subvenir aux besoins d’une année scolaire. J’espère entretenir un lien d’amitié avec ce petit homme qui va grandir. Pas facile avec ce décalage de richesse.
Mais je ne vais pas me prendre la tête avec des questions existentielles sur le sens de la générosité… Par moment, il faut choisir l’action. Travaille Mama Ngor, va ton chemin… j’essaierai de t’aider un peu. Et ce soir, en attendant de t’écrire une lettre et de t’offrir un dessin avec un cerisier en fleurs, toutes mes pensées vont vers toi.
A lundi
(1) PPAS 59-65 rue Planchat, 75020 Paris site : www.ppaso.org contact : pbeguin@ppaso.org
Adhésion : 20 € (10 € pour les étudiants). Parrainage : 50 €
Rien ne va plus. Ce matin, mon fils a dévalé en trombe les escaliers pour me dire les yeux écarquillés d’émerveillement, que des flocons de neige lui étaient tombés sur le visage alors qu’il ouvrait les volets de sa chambre. Dans le jardin, le cerisier en fleurs et les tulipes rouges n’en revenaient pas non plus de leur costume immaculé. Dommage. Une heure et demie plus tard, quand j’arrivais à Rueil-Malmaison, le printemps avait repris ses droits, le soleil me faisait des clins d’œil.
Rien ne va plus. La flamme olympique, digne d’un chef d’état, a mobilisé sur terre, dans les airs et même sur la Seine, 3000 policiers sur son parcours de 28 kilomètres, de la tour Eiffel au stade Charlety… Mieux, chaque porteur de flamme devait être encadré par un véritable cordon de sécurité sur environ 200 mètres de long composé de 65 motards, 100 policiers en rollers et autant de pompiers de Paris joggeurs. Sans compter les motards et les véhicules de sécurité pour ouvrir la voie et les 32 véhicules des CRS pour fermer la marche. Ambiance. Sauf que.
Rien ne va plus. Tout au long du parcours, des hommes et des femmes ont tenté de s’allonger sur la chaussée, d’autres ont voulu brandir des drapeaux tibétains, et un drapeau noir sur lequel figure des menottes en guise d’anneaux olympiques a été déployé a premier étage de la Tour Eiffel. Les policiers ont arraché les drapeaux tibétains des manifestants et chargé ceux qui tentaient de s’approcher de la flamme.
Les sportifs semblaient bien déboussolés au milieu des échauffourées. Interloqués aussi. Il faut voir le judoka David Douillet, dépité, avec dans la main une torche éteinte sous son nez. Eteinte non pas par les manifestants mais par un membre chinois du comité olympique. Raisons techniques invoquées. Au final, vers 17H, la flamme a été mise à l’abri dans un autobus de sécurité. Le symbole de la paix, de la communion entre les peuples, a continué sa route, en camion blindé. Triste sort.
Qu’en penser ? Les 80 sportifs qui devaient se relayer ont dû éprouver de l’amertume, les supporters, le public parisien et notamment la communauté chinoise qui vit en France aussi. Les empêcheurs de tourner en rond qui protestent contre l’oppression chinoise au Tibet, leur ont volé leur fête.
Et si cette flamme des jeux olympiques 2008 participait à l’histoire ! En suscitant un vaste mouvement mondial contre une répression militaire qui aurait fait, en mars 2008, d’après le Dalaï Lama (1), 140 morts, plus de 1000 blessés et des centaines d’arrestations.
La Chine, puissance économique, puissance démographique, a réussi à décrocher l’organisation des Jeux Olympiques. N’y aurait-il que la rue pour la contraindre à respecter les droits de l’homme ?
Rien ne va plus. Mais espérons. La flamme olympique symbolise la fraternité. Après la neige, le printemps.
A jeudi
(1) prix Nobel de la paix et chef spirituel des tibétains
Victor, séduit par les bocaux colorés et les odeurs de l’officine, est entré en pharmacie comme on entre dans les ordres. J’ai découvert les aventures (romanesques ou réelles ?) de ce jeune homme dans le numéro 1 de Porphyre, publié en 1950 et je vous en parlais déjà dans le billet du 20 mars. Ci-après, l’épisode 2 de la série avec un autre extrait.
« Victor viendrait pour faire les courses, nettoyer le magasin et le matériel. Petit à petit, il apprendrait quelques petites choses, il ferait des paquets de plantes et, plus tard, il finirait comme les plus sérieux de ses devanciers par devenir préparateur.
Les premiers temps, il déchanta un peu, la consommation des bouteilles était grande, et comme l’hiver était arrivé, l’eau bien froide bleuissait ses mains ; les mortiers souvent étaient gras et, au fond de certains pas toujours les plus sales, le préparateur écrivait avec son crayon « Poison». Ce qu’il fallait frotter et user de poudre à récurer pour enlever ces traits de crayon, le pauvre ne se rendait pas compte qu ‘ainsi le préparateur était tranquille et assuré que toute trace de toxique était disparue. Parfois, les mortiers sentaient de drôles d’odeurs, notre Vicotr eut vite compris qu’avec un peu de farine de moutarde et de l’eau, cela partait mieux qu’en frottant.
Quand son travail était à jour et les courses faites, le petit déballait les colis, il en sortait des produits de ces colis ! Au début, il arrivait à peine à lire tous les noms bizarres ; petit à petit, il finit par les trouver tout à fait normaux.
Grande fut sa joie le jour où on lui fit conditionner des plantes ; cette fois, il pourrait se servir de la balance, pas de trébuchet bien sûr, mais tout de même, lui aussi ferait des pesées. (…) Il trouvait dans les feuilles d’eucalyptus de drôles de fruits et remarquait que parmi toutes ces feuilles longues et étroites, quelques-unes avaient 6 cm de large ; renseignement pris, c’étaient celles venues sur les jeunes pousses. Les feuilles de boldo avaient l’air d’avoir un ourlet trop court, les bords se retournant sur le dessous de la feuille ; avec cela un rien les casse. Voyant les graines dans les follicules de séné, il conclut que c’était un fruit. Cela n’a pas bien l’air malin, mais quand on a entendu affirmer devant tout le monde, un jour d’examen, qu’un pavot est une fleur, on est convaincu que mieux vaut observer et réfléchir avant ce jour-là »
A lundi