Vous savez WK-Pharma.fr, c’est un site qui rallie plusieurs revues pharmaceutiques. Et l’envie de bloguer est parfois communicative! J’ai le plaisir de laisser cet espace de parole, ce jour, à Anne Vernes, ma collègue, rédactrice en chef de Pharmacien Manager. Bonne lecture et n’hésitez pas à "nous" envoyer vos commentaires.
Tout Pharmacien Manager que je suis, il m’arrive d’aller sur le blog de Porphyre… et de lire vos commentaires. J’aime bien.
Il faut vous dire que nous échangeons beaucoup, Claire et moi. Sur notre métier (de journaliste), sa mission (informer nos lecteurs, mais aussi les faire réfléchir), sur l’avenir de la pharmacie… Et ce, même si nous ne traitons pas les mêmes sujets.
Dans Pharmacien Manager, c’est vrai, nous parlons de ce qui se passe ailleurs dans la distribution, les grandes surfaces, les parfumeries, ou encore chez les fleuristes ou les buralistes.
Apparemment, cela n’a rien à voir avec la pharmacie. Mais au fond, cela a tout à voir. Car vous, qui êtes toute la journée en contact avec les clients, vous êtes vous-mêmes des clients à vos heures de liberté.
De plus, les personnes qui vous interrogent au comptoir sont dans la même position que vous dans un autre point de vente, quand vous demandez conseil : « cette ampoule halogène est-elle adaptée à ma lampe », « cette couleur me va-t-elle au teint », « êtes-vous certain que cette cartouche d’encre est compatible avec mon PC » ? Je défie quiconque de nier s’être déjà posé ce genre de question… et n’avoir pas regardé d’un œil dubitatif un vendeur pas très convaincant.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que j’ai eu honte, la semaine dernière en allant à la pharmacie, honte de prétendre conseiller mes lecteurs et d’entendre ce que je vais vous raconter.
J’étais donc au comptoir, attendant que la titulaire délivre mon ordonnance. A côté de nous, une jeune préparatrice essayait tant bien que mal de répondre aux questions d’un client qui souhaiter acheter un produit « vu à la télé » pour soulager l’arthrose de son genou.
- Pour l’instant, j’utilise du Symol, heu… Stypol… ?
Silence. De toute évidence, il attendait qu’on lui souffle le nom de la marque oubliée.
Puis un « Synthol ? » est suggéré par la titulaire.
- C’est ça. Ca me fait du bien, mais j’ai vu autre chose à la télé, j’ai oublié le nom du produit, mais ils avaient l’air de dire que c’était bien.
- Il ne faut pas croire tout ce que dit la télé, dit la titulaire, coupant la parole à la préparatrice. Nous n’avons pas ce produit, mais celui-là (elle le tend vers le monsieur, mais sans que celui-ci puisse le prendre en main) ou celui-là (qu’elle désigne du doigt).
- Ah, dit le monsieur. C’est bien ?
- Oui, oui, ça fait repousser le cartilage à l’intérieur de l’articulation (sic). (??? Et moi j’attends toujours qu’on me serve, mais là je commence à m’interroger sérieusement sur la qualité du conseil délivré à mon voisin). Mais il faut prendre le traitement au moins trois mois pour que ce soit efficace…
Sur ce, la titulaire prend ma carte Vitale et continue à s’occuper de mon cas (en silence).
Le monsieur, lui, continue ses questions.
- Ca coûte combien la boîte ?
- 14,90 euros…
- C’est cher.
- Oui, mais si vous prenez comme je vous l’ai dit un traitement de trois mois pour que ce soit efficace, c’est moins cher : 42,50 euros seulement (différence : 2,20 euros !).
- Et l’autre produit ?
- C’est plus cher, mais ça ne fait pas pareil (??? Vais-je intervenir ?!).
- Ah ! 42,50 euros. C’est cher.
Là, pas de réponse. Je suis vraiment mal à l’aise. J’ai envie de dire à cette dame (titulaire) qui coupe la parole à sa préparatrice (laquelle d’ailleurs ne sait plus quoi faire ni quoi dire), se tient toujours face à moi, mais parle au monsieur qui est au comptoir voisin en forçant un peu la voix, qu’elle manque de la plus élémentaire des politesses…
Résultat : le monsieur ouvre son portefeuille, en sort 50 euros (il n’y avait d’ailleurs que 50 euros dans ce portefeuille), récupère sa monnaie et sa boîte pour trois mois qui fait repousser le cartilage, et sort.
- C’est gagné, me direz-vous ?
Pas du tout : c’est perdu ! Car, outre le fait qu’il est profondément choquant de délivrer aussi mal un conseil et de manquer de respect à un client (ne pas se déplacer pour lui parler en face à face est un manque de respect), cette vente était forcée.
Or un client à qui l’on force la main est un client perdu. Car il ne reviendra jamais. Il peut même faire de la contre-publicité à la pharmacie !
Souvenez-vous. Cette robe que la vendeuse vous a conseillée, « Mais certainement, elle vous va à ravir ; et cette couleur ! Avec un peu de maquillage… ». La couleur, c’était orange, et le orange et vous, ça ne va pas ensemble, même avec la dernière Terra cotta de Guerlain. D’ailleurs, depuis combien de temps n’avez-vous plus mis les pieds dans cette boutique ?
Alors, promettez-moi : surtout ne faites pas ça !
Anne Vernes
Rédactrice en chef de Pharmacien Manager
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